L'entrée se fait presque en silence. Deux collines boisées se resserrent, une rivière s'ouvre entre elles, et le navire vient mouiller dans l'un des ports naturels les plus profonds de Cornouailles. Sur la rive ouest, Fowey étage ses maisons aux teintes pastel jusqu'au bord de l'eau, si serrées que certaines semblent se tenir les unes aux autres. L'annexe dépose les passagers en quelques minutes au quai du centre, et tout commence là, sans transition : les ruelles montent directement depuis l'embarcadère.
Un village qui se parcourt à pied
Fore Street, l'artère principale, suit la rivière en se faufilant entre galeries d'art, librairies indépendantes, pâtisseries et pubs centenaires. La circulation automobile y reste marginale tant les passages sont étroits. En chemin, l'église St Fimbarrus dresse sa tour du XVe siècle au-dessus des toits d'ardoise, entourée d'un petit cimetière ombragé. Les commerces appartiennent pour la plupart à des artisans et à des familles du coin, ce qui donne aux vitrines une personnalité que les grandes enseignes n'offrent jamais. Prenez le temps de goûter un pâté de Cornouailles, ce chausson garni qui nourrissait autrefois les mineurs, ou une glace à la crème caillée, spécialité régionale.
Sur les pas de Daphné du Maurier
La romancière Daphné du Maurier a vécu dans les environs et y a situé plusieurs de ses livres, dont Rebecca. Les lecteurs reconnaîtront dans les criques, les manoirs cachés et les eaux calmes de la rivière le décor de ses intrigues. La ville lui consacre chaque printemps un festival littéraire, et les librairies locales réservent une place d'honneur à ses romans. Même sans avoir lu une ligne de son œuvre, on comprend vite ce qui a retenu ici une écrivaine en quête d'atmosphères : la brume qui remonte l'estuaire au matin fait naître des histoires toute seule.
De Readymoney Cove au château
Une promenade d'une vingtaine de minutes le long de l'Esplanade mène à Readymoney Cove, plage de sable abritée au pied des arbres, appréciée des baigneurs à marée haute. De là, un sentier grimpe dans le bois jusqu'aux ruines de St Catherine's Castle, petit fort d'artillerie érigé sous Henri VIII pour défendre l'entrée du port. La récompense se trouve au sommet : une vue dégagée sur l'embouchure, les voiliers qui entrent et sortent, et le village de Polruan accroché à la rive opposée. Un bac relie d'ailleurs les deux rives en quelques minutes, pour ceux qui souhaitent voir Fowey depuis l'autre côté de l'eau.
L'Eden Project à deux pas
À environ huit kilomètres, dans une ancienne carrière de kaolin, l'Eden Project abrite sous ses immenses dômes géodésiques la plus grande forêt tropicale intérieure au monde, ainsi qu'un biome méditerranéen. L'excursion se combine aisément avec la visite du village et compte parmi les sorties les plus demandées de la région. Le kaolin, justement, n'est pas un détail décoratif : cette argile blanche extraite de l'arrière-pays s'expédie toujours depuis les installations portuaires en amont de la rivière, et les cargos qui la chargent rappellent que Fowey demeure un port de travail derrière ses allures de villégiature.
Le dernier bac
En redescendant vers le quai, on croise les enfants qui pêchent le crabe au bout d'une ficelle, les propriétaires de voiliers qui rangent leurs cordages et les mouettes qui surveillent tout ce petit monde. L'annexe attend, mais rien ne presse vraiment. Fowey appartient à cette famille de lieux qui ne cherchent pas à impressionner et qui, précisément pour cette raison, s'installent durablement dans la mémoire. Beaucoup de passagers remontent à bord en feuilletant un roman de du Maurier acheté sur Fore Street. La suite de l'histoire leur appartient.


