Folegandros ne cherche pas à plaire, et c'est précisément ce qui séduit. Cette petite Cyclade aux allures austères, posée entre mer et falaises, a longtemps vécu à l'écart des grandes routes touristiques de l'Égée. Les navires de taille modérée qui y font halte offrent à leurs passagers une Grèce d'avant les foules : des murs chaulés, des places ombragées, des chats endormis et un horizon bleu à perte de vue.

Karavostasis, le seuil de l'île

Le mouillage se fait au large et les annexes déposent les passagers à Karavostasis, le modeste débarcadère de l'île : quelques tavernes les pieds dans l'eau, une plage de galets, des barques de pêcheurs et des tamaris qui donnent leur ombre aux baigneurs. Rien de spectaculaire, tout de reposant. Ceux qui souhaitent commencer en douceur peuvent d'ailleurs s'y tremper avant de monter au village, l'eau y est claire dès le bord.

La Chora, un village suspendu

Perchée au bord d'une haute falaise face à l'Égée, la Chora de Folegandros compte parmi les plus beaux villages des Cyclades, sans avoir jamais eu besoin de le proclamer. On la rejoint en autobus en cinq minutes à peine, et les rotations se succèdent tout au long de la journée en saison; les bons marcheurs peuvent aussi grimper à pied, comptez de 30 à 40 minutes de montée, avec la mer dans le dos. Son cœur ancien, le Kastro, conserve la structure d'un quartier fortifié médiéval : les maisons se serrent en rempart, les escaliers de bois colorés grimpent aux façades, les ruelles se faufilent sous les passages voûtés. Autour, une succession de placettes ombragées enchaîne tavernes et cafés où les habitants prennent leur temps, sous les bougainvilliers et les mûriers taillés. On s'assoit, on commande un café grec ou une assiette de mezzés, et l'on comprend vite pourquoi les habitués reviennent chaque année.

Le sentier de la Panagia

Au-dessus des toits, un chemin dallé monte en lacets vers l'église de la Panagia, silhouette blanche posée sur la crête. La montée demande un effort raisonnable et se fait de préférence en fin de matinée, quand la lumière sculpte les caps. Du parvis, le panorama embrasse le village accroché à sa falaise, les terrasses agricoles et les îles voisines qui flottent dans la brume de chaleur. C'est l'image que la plupart des visiteurs remportent de Folegandros, et elle ne coûte que quelques centaines de marches.

Vers Ano Meria et les criques

Ceux qui disposent de plus de temps peuvent pousser vers Ano Meria, village étiré le long de la route de crête, où un petit musée du folklore évoque la vie rurale d'autrefois : fours à pain, pressoirs, outils des champs. Le trajet traverse un paysage de terrasses et de murets où paissent des chèvres téméraires. Côté mer, des excursions en barque font le tour des côtes déchiquetées, entre grottes marines et criques accessibles seulement par l'eau. L'île se prête aussi à la marche : ses sentiers muletiers relient chapelles et hameaux dans un décor sobre, balayé par le vent et le chant des cigales.

Ce que l'on rapporte d'ici

Au moment du retour vers Karavostasis, beaucoup de passagers gardent le silence, comme pour ne pas gaspiller ce qu'ils viennent de vivre. Folegandros n'a ni site archéologique majeur ni monument célèbre; elle offre quelque chose de plus rare, une certaine idée de la Grèce insulaire, intacte et fière. Ceux qui l'ont goûtée une fois surveillent ensuite les itinéraires de croisière dans l'espoir d'y retrouver son nom.