C'est depuis la mer qu'Étretat se présente le mieux, et les passagers des navires qui y font halte le savent avant tout le monde. Les parois de craie blanche défilent, puis surgissent les arches : la Porte d'Aval, fine comme une patte d'éléphant plongée dans la Manche, l'Aiguille de soixante-dix mètres dressée juste derrière, la Manneporte plus loin, colossale. Aucun bassin en eau profonde ici : les unités de taille modeste mouillent devant la plage et les annexes déposent leurs passagers sur le rivage de galets, exactement là où débarquaient les pêcheurs d'autrefois.
Trois arches et une aiguille
Le site naturel se lit comme une œuvre en trois actes. Au sud, la Porte d'Aval et son Aiguille forment le duo le plus photographié de Normandie, immortalisé par les impressionnistes. Au nord, la Porte d'Amont referme la baie de sa voûte plus discrète. Plus loin vers le couchant, la Manneporte impose sa démesure, assez vaste, disait-on jadis, pour laisser passer un navire toutes voiles dehors. Les sentiers qui grimpent de part et d'autre de la plage permettent d'approcher ces géants de craie; prudence près des bords, le vide est réel. Compter une demi-heure de montée tranquille pour gagner les premiers points de vue; le sentier du littoral se poursuit ensuite pour les marcheurs aguerris.
La chapelle des marins
Sur la falaise d'Amont veille la chapelle Notre-Dame-de-la-Garde, élevée au XIXe siècle pour protéger les gens de mer. Sa silhouette néogothique et ses vitraux colorés récompensent une montée d'une vingtaine de minutes depuis le front de mer. De là-haut, le regard plonge sur les toits d'ardoise du bourg, la courbe des galets et le ballet des annexes autour du navire au mouillage. Peu de panoramas normands condensent autant de beauté en un seul coup d'œil. Quelques bancs permettent de reprendre son souffle face au large avant de poursuivre.
Des topiaires au-dessus de la Manche
À deux pas de la chapelle, les Jardins d'Étretat déploient leurs sculptures végétales en surplomb de la baie. L'endroit fut d'abord le jardin d'une comédienne de la Belle Époque, admiratrice de Monet; entièrement repensé en 2017, il marie topiaires ondulantes, œuvres contemporaines et échappées sur les arches. Le lieu figure désormais au Guide Vert Michelin. On y circule entre des vagues de verdure taillées au cordeau, comme si la Manche s'était invitée sur la terre ferme.
Sur les pas d'Arsène Lupin
Étretat nourrit aussi une légende littéraire. Maurice Leblanc, père du gentleman cambrioleur Arsène Lupin, vécut ici; sa maison de la rue Guy-de-Maupassant, Le Clos Lupin, se visite comme une enquête, indices à l'appui. L'Aiguille creuse, décor du plus célèbre roman du cycle, se dresse à quelques centaines de mètres : difficile de trouver un musée dont le principal artefact soit un monument naturel visible depuis la fenêtre.
Le temps du village
Entre deux ascensions, le bourg lui-même se parcourt en quelques rues : commerces où composer un panier normand — cidre, caramels, fromages —, façades anciennes et villas de la Belle Époque rappellent que la station attire les curieux depuis le XIXe siècle. Sur la plage, les galets roulent sous la vague avec ce bruit régulier qui a accompagné Monet et ses contemporains, venus ici traquer les variations de la lumière sur la craie.
Le soir, quand l'annexe s'éloigne du rivage, les parois blanches prennent une teinte de miel et l'Aiguille se découpe à contre-jour. Les artistes ont passé un siècle à tenter de fixer cette lumière; les voyageurs, eux, disposent d'une solution plus simple. Rester sur le pont, face à la côte, jusqu'à ce que la dernière arche se fonde dans le crépuscule.


