Sur la rive droite du Rhin, une promenade plantée de platanes déroule ses terrasses au pied de la vieille ville, et il semble que tout Düsseldorf s'y donne rendez-vous : cyclistes, familles, employés en pause, étudiants assis sur les marches face au fleuve. Les bateaux de croisière fluviale s'amarrent en plein centre, le long des quais situés en aval du pont Oberkasseler — quelques minutes de marche suffisent pour rejoindre l'Altstadt. Rares sont les grandes villes allemandes où le passage du bateau à la vie urbaine se fait avec aussi peu d'efforts : on quitte sa cabine après le déjeuner, et dix minutes plus tard on choisit sa table en terrasse.
La « plus longue table de bar du monde »
L'Altstadt concentre sur un demi-kilomètre carré environ 300 débits de boisson, ce qui lui vaut son surnom de plus longue table de bar du monde. On y vient surtout pour l'Altbier, la bière ambrée de fermentation haute propre à la ville, servie dans de petits verres cylindriques que les serveurs — les Köbes, au franc-parler légendaire — remplacent d'office tant que vous n'avez pas posé votre sous-verre sur le verre. Quatre brasseries historiques la produisent encore dans le quartier, et une tournée comparative constitue une excursion à part entière. Entre deux tavernes, la place du marché s'orne de la statue équestre de l'électeur Jan Wellem, et la basilique St Lambertus dresse sa flèche torsadée, tordue selon la légende par le diable en personne.
La Königsallee, un canal pour vitrine
À dix minutes de là, changement complet de décor : la Königsallee — la « Kö » pour les intimes — aligne ses boutiques de luxe de part et d'autre d'un canal ombragé de marronniers, traversé de passerelles et gardé par une fontaine au Triton. Même sans intention d'achat, la promenade vaut le détour pour son atmosphère : élégance rhénane, terrasses de cafés et lèche-vitrines décomplexé. En chemin, le marché couvert du Carlsplatz nourrit les gourmands d'étals de charcuteries, de fromages et de la moutarde locale, fierté condimentaire de la ville depuis le XIXe siècle. Les amateurs d'art bifurqueront vers les collections K20 et K21, deux musées majeurs d'art moderne et contemporain, tandis que les curieux exploreront le quartier japonais autour de l'Immermannstrasse : Düsseldorf abrite l'une des plus importantes communautés japonaises d'Europe, avec ses librairies, ses épiceries et ses comptoirs à ramen.
Le MedienHafen, l'architecture en liberté
En suivant la promenade rhénane vers l'amont, on passe sous la tour de télévision Rheinturm — dont la plateforme, à plus de 160 mètres, offre le meilleur panorama sur la boucle du fleuve — avant d'atteindre le MedienHafen. Cet ancien bassin portuaire est devenu un manifeste d'architecture contemporaine : les trois immeubles ondulants de Frank Gehry, l'un blanc, l'un rouge, l'un métallique, y penchent leurs façades comme des sculptures habitées. Restaurants et cafés en terrasse permettent d'en profiter sans se presser, les pieds au bord de l'eau, au milieu des immeubles les plus photographiés de la région.
Idées d'itinéraire depuis le quai
- Deux heures : la promenade rhénane, l'Altstadt et une Altbier dans une brasserie historique.
- Trois à quatre heures : ajouter la Königsallee et la Rheinturm.
- Une demi-journée : compléter par le MedienHafen, un musée d'art ou le quartier japonais.
Prosit, et au revoir
Düsseldorf réussit un mélange que peu de villes maîtrisent : la convivialité d'un village de tavernes, l'allure d'une capitale de la mode et l'audace d'un laboratoire d'architecture, le tout cousu ensemble par un fleuve omniprésent. En larguant les amarres, on repense au rituel du sous-verre posé sur le verre vide — cette façon typiquement locale de dire « c'était bien, mais il faut y aller ». Le Rhin, lui, connaît déjà le chemin.


