Le rouge surgit d'un coup, au détour de la route : des maisons, des tours, une église, un village entier couleur de braise posé au milieu des noyers verts. Collonges-la-Rouge ne ressemble à rien d'autre en France. Son grès, gorgé d'oxyde de fer par la faille de Meyssac qui sépare ici le Limousin du Quercy, a bâti l'un des décors les plus saisissants du Sud-Ouest, et le point de départ d'une belle histoire : c'est dans ce bourg de Corrèze qu'est née, en 1982, l'association des Plus Beaux Villages de France.

Une excursion au cœur des terres

Collonges ne se rejoint pas par l'eau : les croisières qui sillonnent la région, sur la Dordogne ou au départ de Bordeaux, y conduisent leurs passagers en autocar, à travers les collines de la haute vallée. Le trajet fait partie du plaisir : vergers de noyers, séchoirs à tabac, hameaux de pierre, puis cette apparition écarlate qui tire toujours des exclamations, quelle que soit la langue parlée à bord. Une demi-journée suffit pour parcourir le bourg, entièrement piéton en saison.

Huit siècles écrits dans le grès

Le bourg s'est développé autour d'un prieuré bénédictin fondé au huitième siècle, puis a prospéré comme étape sur le chemin de Compostelle et fief des officiers de la vicomté de Turenne. De cette aisance ancienne restent les castels, ces demeures nobles hérissées de tourelles et de poivrières : Vassinhac, la plus imposante, avec ses échauguettes de guet ; Benge, cernée de vignes ; Maussac et son porche sculpté. On les découvre au fil de ruelles où chaque linteau, chaque encadrement de fenêtre décline la même pierre flamboyante, adoucie par les glycines et les treilles.

L'église et la sirène

L'église Saint-Pierre étonne par son tympan roman du douzième siècle, sculpté dans un calcaire clair qui tranche sur la façade sombre : une Ascension aux personnages étirés, miraculeusement préservée des guerres de Religion parce que les habitants l'avaient murée. À deux pas, la chapelle des Pénitents Noirs éclaire ses murs de vitraux contemporains, et la maison de la Sirène, coiffée de lauzes, expose sous son porche la petite créature marine sculptée qui lui donne son nom : les visiteurs attentifs la cherchent, appareil photo en main, comme un jeu de piste.

Autour de la halle

La halle aux grains conserve son vieux four banal où l'on cuisait le pain du bourg. Autour, échoppes et ateliers occupent les caves voûtées : potiers, souffleurs de verre, artisans du cuir, marchands de produits corréziens. C'est le moment de goûter la noix sous toutes ses formes, huile, gâteau, vin apéritif, ou la moutarde violette de Brive, préparée au moût de raisin depuis le Moyen Âge. Les terrasses installées sous les tilleuls servent une cuisine paysanne solide, farcidures et confits, qui rappelle que le Québec n'a pas le monopole des plats réconfortants.

Le point de vue du sentier

Pour saisir le village en entier, un sentier facile grimpe en quinze minutes vers la chapelle de la Salvanie, au milieu des vignes replantées. De là-haut, les toits de lauze et d'ardoise composent un camaïeu de rouges sur fond de campagne verte, avec les tours de Turenne à l'horizon. Les guides locaux racontent volontiers que le maire Charles Ceyrac eut, devant ce panorama, l'idée de fédérer les plus beaux bourgs du pays ; l'association compte aujourd'hui plus de 180 membres, mais celui-ci reste le premier de cordée.

Le retour vers la vallée

L'autocar redescend vers la Dordogne dans la lumière rasante, quand le grès vire au pourpre. Les passagers rapportent des bocaux, des photographies par centaines et une certitude : certains lieux tiennent leur beauté d'un monument, d'autres d'un paysage ; Collonges-la-Rouge, elle, la doit à la terre même dont elle est faite. On ne voit plus jamais une pierre rouge de la même façon ensuite.