Une image est née ici. Dans les années 1820, à quelques kilomètres de ces quais, Nicéphore Niépce fixait sur une plaque d'étain la toute première photographie de l'histoire. Deux siècles plus tard, les bateaux de croisière fluviale s'amarrent au cœur de sa ville natale, Chalon-sur-Saône, cité bourguignonne d'art et d'histoire où la rivière, les vignes et la mémoire de l'invention composent une escale d'une belle densité.
Un amarrage au centre de la vie
Les unités fluviales accostent le long des quais de la Saône, à quelques minutes à pied du centre ancien. Nul transfert, nulle navette : on descend la passerelle et la ville commence, avec ses platanes, ses péniches et la façade des maisons qui se reflète dans l'eau calme. Le musée Nicéphore Niépce occupe justement un ancien hôtel particulier des quais : ses collections retracent l'aventure de la photographie, des héliographies du pionnier chalonnais aux appareils spatiaux, et la visite s'insère sans mal dans une matinée.
La cathédrale et les maisons à colombages
En remontant vers l'intérieur, les ruelles convergent vers la place Saint-Vincent, l'une des plus jolies scènes urbaines de Bourgogne du sud : maisons à pans de bois colorés, terrasses de cafés et marché selon les jours. La cathédrale Saint-Vincent, élevée entre le XIe et le XVIe siècle, mêle sans complexe le roman et le gothique; sa façade néogothique plus tardive surprend, mais le cloître et les chapelles conservent une émouvante patine médiévale. Le matin, quand les commerçants installent leurs étals et que l'odeur du pain chaud traverse la place, la scène n'a sans doute pas beaucoup changé depuis des siècles. Autour, les rues commerçantes piétonnes invitent à la flânerie, entre fromagers, cavistes et pâtissiers qui défendent fièrement leurs spécialités régionales.
L'île Saint-Laurent, l'autre rive
Un pont suffit pour changer d'atmosphère. L'île Saint-Laurent, posée au milieu de la rivière, fut longtemps le quartier des hospices et des mariniers; elle aligne aujourd'hui restaurants et façades anciennes autour de la tour du Doyenné, élégante construction du XVe siècle remontée pierre par pierre à la pointe de l'île. Le tour de l'île à pied, au ras de l'eau, offre les plus beaux points de vue sur les toits et les quais, surtout en fin de journée quand la lumière rase la Saône et que les pêcheurs reprennent leurs postes sous les saules.
Le vignoble à portée de car
Chalon donne son nom à la côte chalonnaise, ce chapelet de villages viticoles qui prolonge vers le sud les grands crus de Bourgogne : Rully, Mercurey, Givry, Montagny. Les excursions proposées lors des escales conduisent en une vingtaine de minutes au milieu des coteaux, pour une dégustation en domaine ou la visite d'un village vigneron. Les amateurs resteront en ville sans frustration : les bars à vins du centre servent ces appellations au verre, accompagnées de gougères ou d'un jambon persillé.
La table bourguignonne
L'escale tombe bien pour les gourmands : bœuf bourguignon, œufs en meurette, escargots et fromages de chèvre du Mâconnais voisin figurent sur la plupart des ardoises. Le marché, l'un des plus réputés de la région, anime les rues du centre les vendredis et dimanches matin; on y compose un pique-nique de produits locaux à emporter sur le pont supérieur du bateau, saucisson, comté affiné et pain de campagne en tête de liste.
Dernier regard depuis le pont
Lorsque les amarres se détachent, la tour du Doyenné glisse le long du bordage, puis les clochers, puis les platanes. Chalon-sur-Saône aura offert ce que la croisière fluviale promet de mieux : une ville à hauteur d'homme, une histoire qui a changé notre façon de voir le monde, et un verre de mercurey au soleil couchant. L'image, Niépce l'aurait volontiers fixée.


