Il existe une rue en Amérique dont la ligne médiane se peint en rouge, blanc et bleu. C'est Hope Street, l'artère principale de Bristol, au Rhode Island, et ces couleurs annoncent d'emblée la fierté locale : la localité célèbre le jour de l'Indépendance sans interruption depuis 1785, plus longtemps que partout ailleurs au pays. Les navires de croisière côtière accostent dans ce havre profond de la baie de Narragansett, et le centre historique commence pratiquement au pied des quais.

Hope Street et le quartier historique

La rue principale déroule un alignement rare de demeures fédérales et victoriennes, ombragées de grands arbres, entre lesquelles se glissent boutiques d'antiquités, cafés et galeries. La maison Joseph Reynolds, bâtie en 1700, servit de quartier général au jeune marquis de La Fayette pendant la campagne de Rhode Island, en 1778 ; elle se dresse toujours fièrement au bord du trottoir, classée monument historique national. En descendant vers l'eau par les rues transversales, on atteint le parc Independence et sa pelouse face à la baie, point de départ idéal pour prendre la mesure des lieux.

Le temple de la voile américaine

Bristol doit une part de sa renommée à la famille Herreshoff, dont les ateliers ont dessiné et construit certains des voiliers les plus rapides jamais mis à l'eau, y compris plusieurs défenseurs victorieux de la Coupe de l'America. Le Herreshoff Marine Museum, installé sur le site des anciens ateliers, expose des dizaines de coques originales, des plans et des photographies d'époque, et abrite le Panthéon de la Coupe de l'America. On y suit l'évolution du génie naval de la famille, des canots à vapeur aux immenses sloops de course, avec quantité d'histoires de duels nautiques racontées aux cimaises. Même les visiteurs peu férus de régates ressortent conquis par l'élégance de ces lignes de bois verni.

Colt State Park, un domaine ouvert à tous

En bordure ouest de la localité, l'ancien domaine estival de l'industriel Samuel Colt est devenu un parc public de près de 190 hectares, considéré comme l'un des plus beaux espaces verts de l'État. Pelouses vallonnées, murets de pierre, allées courbes et rivage rocheux s'y succèdent face au plan d'eau de Narragansett, avec des tables à pique-nique posées aux meilleurs endroits. Les cyclistes peuvent le rejoindre par la piste East Bay, aménagée sur une ancienne voie ferrée qui court sur plus de vingt kilomètres le long de la baie jusqu'aux abords de Providence. Les amateurs de jardins mettront plutôt le cap sur Blithewold, un manoir de villégiature entouré de treize hectares de pelouses, d'arbres remarquables et de plates-bandes qui descendent doucement vers l'eau ; ses jonquilles d'avril et ses séquoias étonnent plus d'un visiteur.

Quelques suggestions pour l'escale

  • Marcher Hope Street de bout en bout, le nez levé vers les façades et leurs plaques datées.
  • Consacrer une heure ou deux aux coques du musée Herreshoff.
  • Louer un vélo et filer vers Colt State Park par la piste riveraine.
  • Terminer par une chaudrée ou un cornet devant le coucher de soleil au parc Independence.
  • Vérifier le calendrier local : concerts, régates et marchés animent régulièrement le front de mer en saison.

Une leçon d'art de vivre

Bristol condense l'essence de la Nouvelle-Angleterre côtière : le patriotisme bon enfant, les pelouses impeccables, la voile comme religion locale et la baie omniprésente au bout de chaque rue. L'escale s'y déroule sans hâte ni bousculade, au rythme des drapeaux qui claquent doucement sur les galeries et des voiliers d'entraînement qui tirent des bords devant les quais. En reprenant le large, on garde en tête cette ligne tricolore peinte sur l'asphalte, détail modeste et parfait résumé d'un endroit qui sait exactement qui il est.