Plus de sept millions de personnes ont quitté l'Europe par ces quais. Des familles entières, valises ficelées, qui embarquaient à Bremerhaven vers New York, Buenos Aires ou Halifax, sans billet de retour. Les paquebots d'aujourd'hui accostent au même endroit — la Columbuskaje, sur l'estuaire de la Weser —, mais leurs passagers, eux, redescendent à terre le soir même. Peu de ports invitent aussi directement à réfléchir à ce que partir veut dire.
S'orienter depuis la Columbuskaje
Le terminal de croisière s'étire le long de la digue, à l'écart du centre. Le quartier des attraits, les Havenwelten, se rejoint en une trentaine de minutes de marche par la promenade qui suit la Weser — mouettes, cargos et vent garantis — ou en quelques minutes de navette ou de taxi; la plupart des compagnies organisent le transport, et il vaut la peine de vérifier les horaires avant de partir à pied. Bonne nouvelle pour une escale : tout ce qui compte se concentre ensuite dans un périmètre compact, autour des anciens bassins portuaires réaménagés, et l'on circule d'un attrait à l'autre en quelques minutes.
Le Deutsches Auswandererhaus, mémoire des départs
Le Centre allemand de l'émigration s'élève exactement là où les émigrants embarquaient. La visite se vit à la première personne : on reçoit à l'entrée l'identité d'un voyageur réel, on traverse la salle d'attente, le quai bondé, les coursives, les cabines exiguës, et l'on suit « son » destin jusqu'en Amérique, avec ses espoirs, ses papiers tamponnés et parfois ses refus. Beaucoup de visiteurs québécois et canadiens y retrouvent un écho familial — des millions d'ancêtres allemands, polonais ou scandinaves sont passés par ici. Comptez au moins deux heures; elles passent vite.
Le Klimahaus, tour du monde immobile
À quelques minutes à pied, un bâtiment en forme de goutte d'eau géante propose un voyage d'un tout autre genre : le Klimahaus 8° Ost fait suivre le huitième méridien autour de la planète. On grelotte dans l'Antarctique, on transpire dans le Sahel, on traverse une forêt tropicale moite et un village des Alpes suisses, décors, températures et humidité à l'appui. Les enfants adorent, les adultes aussi, et l'on ressort avec une conscience aiguisée des climats du monde. Deux à trois heures s'y engloutissent aisément.
Autour des bassins
Le reste des Havenwelten se parcourt au gré du temps disponible : le Musée maritime allemand conserve une cogue hanséatique du 14e siècle repêchée dans la Weser, le Zoo am Meer aligne ours polaires et phoques face à l'estuaire, et la plateforme du gratte-ciel Sail City, dessiné comme une voile, offre la vue d'ensemble sur les écluses, les grues et l'infini plat de la mer du Nord. En contrebas, le vieux port accueille bateaux-musées et cafés.
Choisir, car il faudra choisir
| Attrait | Temps suggéré | Pour qui |
|---|---|---|
| Centre de l'émigration | 2 heures et plus | histoire et généalogie |
| Klimahaus 8° Ost | 2 à 3 heures | familles et curieux de nature |
| Musée maritime et vieux port | 1 à 2 heures | passionnés de navires |
| Sail City et zoo | 1 heure | panorama et pause détente |
Regagner le navire
Le retour par la digue ramène vers la Columbuskaje face au courant, là où tant de traversées ont commencé. Difficile de monter la passerelle sans une pensée pour ceux qui l'ont fait ici sans espoir de retour, un siècle plus tôt. Bremerhaven n'est pas la plus ancienne ni la plus jolie ville d'Allemagne; elle est autre chose : un lieu où l'on comprend, physiquement, que l'histoire des ports est d'abord une histoire de gens.


