Un âne, un chien, un chat et un coq empilés en pyramide : la statue la plus aimée de Brême célèbre quatre animaux qui, dans le conte des frères Grimm, n'ont jamais atteint la ville. Les musiciens de Brême rêvaient d'y venir; des millions de voyageurs l'ont fait à leur place. Ceux qui arrivent par la Weser débarquent au meilleur endroit qui soit : la Schlachte, l'ancienne rive marchande devenue promenade, à quelques minutes du cœur hanséatique.

De la rive au Marktplatz

Les bateaux accostent au Martinianleger et le long de la Schlachte, là où la cité amarrait ses navires de commerce au temps de la Hanse. Aujourd'hui, terrasses et jardins à bière occupent les quais, animés du midi jusqu'au soir dès que le temps le permet, mais il suffit de tourner le dos au fleuve et de marcher cinq minutes pour changer de siècle : la place du marché s'ouvre alors dans toute sa théâtralité, cernée de façades à pignons, avec deux vedettes classées au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2004.

L'hôtel de ville et le Roland

Le Rathaus, gothique de brique paré au 17e siècle d'une façade Renaissance flamboyante, compte parmi les plus beaux édifices civiques d'Europe — et parmi les rares hôtels de ville anciens d'Allemagne à avoir traversé la guerre sans dommage. Devant lui se dresse depuis 1404 le Roland de pierre, chevalier haut de plus de cinq mètres, symbole des libertés municipales : tant qu'il reste debout, dit-on, Brême demeure libre. La statue des quatre musiciens se cache à l'angle ouest de l'édifice; la patte de l'âne, frottée par des générations de mains, brille comme de l'or.

La Böttcherstrasse, folie des années 1920

À deux pas de la place, une ruelle de cent mètres concentre l'une des aventures architecturales les plus singulières du pays. Dans les années 1920, le négociant en café Ludwig Roselius — l'inventeur du décaféiné — a fait rebâtir la Böttcherstrasse en manifeste d'expressionnisme de brique : façades sculptées, carillon de porcelaine qui sonne à heures fixes, ateliers d'artisans et musées se succèdent dans une pénombre dorée. On y entre comme dans un rêve de brique rouge, et l'on comprend vite pourquoi les Brêmois la surnomment leur « rue secrète ».

Le Schnoor, village dans la ville

Encore cinq minutes de marche et voici le Schnoor, le plus vieux quartier de la cité : un lacis de maisonnettes des 15e et 16e siècles serrées le long de venelles où deux personnes se croisent à peine. Anciennes demeures de pêcheurs et d'artisans, elles logent désormais échoppes, ateliers et salons de thé, et le quartier a miraculeusement survécu aux bombardements qui ont rasé une bonne partie du centre en 1944. C'est le coin des trouvailles — pain d'épices, bijoux, marionnettes — et des photos prises en levant la tête vers les enseignes.

Pour structurer la journée

  • Deux heures : Marktplatz, Rathaus, Roland et les musiciens de Brême.
  • Trois heures : ajoutez la Böttcherstrasse et son carillon.
  • Quatre heures et plus : terminez par le Schnoor et une pause sur la Schlachte, face au fleuve.

Une dernière patte d'âne

Le rituel veut qu'on saisisse la patte de l'âne à deux mains — jamais une seule, cela porterait malheur — en formulant un vœu. Les passagers qui regagnent leur navire par la Schlachte au soleil couchant, quand la brique des pignons vire au cuivre, savent en général quoi souhaiter : revenir. Les quatre musiciens du conte avaient vu juste; il y a bel et bien, au bord de la Weser, quelque chose de mieux que ce qu'on laisse derrière soi.