Deux pays tiennent dans un seul regard à Breisach am Rhein. Depuis la colline du Münsterberg, qui porte la collégiale au-dessus des toits, on embrasse d'un côté les Vosges françaises, de l'autre les premières hauteurs de la Forêt-Noire, et entre les deux le Rhin qui trace la frontière. Cette petite cité badoise, amarrée à la rive droite du fleuve, sert de camp de base aux navires de croisière qui sillonnent le Rhin supérieur entre Bâle et Strasbourg.

Un carrefour d'escales

Soyons franc : la plupart des passagers qui débarquent ici partent aussitôt en excursion. Colmar et ses canaux fleuris se trouvent à environ 25 kilomètres côté français; Fribourg-en-Brisgau, capitale de la Forêt-Noire, à une trentaine de minutes côté allemand; et les autocars filent aussi vers les fermes à toit profond et les ateliers d'horlogerie des vallées voisines. La gare, à une quinzaine de minutes de marche du quai, relie Fribourg par trains réguliers pour qui préfère l'aventure en solo. Mais Breisach même mérite mieux qu'un simple regard par la fenêtre.

La montée au Münsterberg

Depuis le quai, les ruelles pavées grimpent en une quinzaine de minutes vers la collégiale Saint-Étienne, mi-romane mi-gothique, qui couronne la butte. L'intérieur conserve un retable de bois sculpté d'une finesse étonnante et des fresques anciennes; l'extérieur offre ce panorama transfrontalier qui justifie à lui seul la montée, avec les clochers d'Alsace posés au loin dans la plaine. En chemin, portes fortifiées, remparts et façades pastel rappellent que cette position stratégique fut disputée pendant des siècles — la ville a été détruite et reconstruite plus d'une fois, et son calme actuel n'en paraît que plus précieux.

Neuf-Brisach, l'étoile de Vauban

Juste en face, côté français, se trouve une curiosité que peu de voyageurs connaissent : Neuf-Brisach, citadelle en étoile dessinée par Vauban à la fin du 17e siècle, si parfaitement géométrique qu'elle semble tracée au compas. Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO avec les autres fortifications majeures de l'ingénieur de Louis XIV, elle se visite en une heure ou deux et complète à merveille une escale à saveur d'histoire militaire. Certaines excursions l'incluent; en autonomie, le taxi franchit le fleuve en quelques minutes.

Le vignoble du Kaiserstuhl

Au nord de la ville s'élève le Kaiserstuhl, un ancien massif volcanique couvert de terrasses de vigne, réputé pour être l'un des coins les plus chauds d'Allemagne. Pinot gris et pinot noir y atteignent des maturités rares au pays du riesling, et les caves de la région — dont une importante coopérative établie à Breisach même — proposent dégustations et bouteilles à rapporter. Une option toute simple pour les passagers qui restent au port : goûter le vin du cru face au fleuve, pendant que les autres roulent vers Colmar.

Trois façons de vivre l'escale

  • L'excursion classique : Colmar, Fribourg ou la Forêt-Noire en autocar.
  • La découverte à pied : Münsterberg, remparts et vieille ville, en deux heures tranquilles.
  • La combinaison : montée matinale à la collégiale, puis Neuf-Brisach ou dégustation l'après-midi.

À l'heure où les autocars reviennent

En fin de journée, les groupes convergent vers la passerelle en comparant leurs souvenirs — les canaux de Colmar contre la cathédrale de Fribourg, les coucous contre les caves. Ceux qui ont grimpé au Münsterberg sourient sans rien dire : ils ont eu les deux pays d'un coup, sans quitter la ville. Breisach est ainsi faite, modeste carrefour entre deux mondes, et c'est en larguant les amarres qu'on mesure la chance d'avoir pu choisir.