Depuis le pont du navire, Block Island se présente comme une longue silhouette basse posée sur l'Atlantique, ponctuée de collines vertes, d'étangs et de toits de bardeaux gris. Les navires mouillent au large et les navettes déposent les passagers à Old Harbor, le cœur battant de l'île, après une traversée d'une dizaine de minutes. À peine débarqué, on se trouve entouré d'hôtels victoriens à galeries, de comptoirs de crème glacée et de loueurs de vélos : tout l'esprit de l'île tient dans ces cent premiers mètres.

Old Harbor, l'Amérique balnéaire d'autrefois

Le village s'est figé, pour le meilleur, dans son âge d'or de la fin du dix-neuvième siècle. Les grandes vérandas blanches regardent passer les traversiers, les drapeaux claquent au vent et les terrasses servent des rouleaux au homard face à l'eau. On flâne le long de Water Street, on pousse la porte d'une boutique de cartes marines, puis on choisit son moyen de transport pour la journée : l'île mesure une quinzaine de kilomètres carrés, et la bicyclette y règne sans partage. Mopeds et taxis complètent l'offre pour ceux qui préfèrent pédaler moins.

Les falaises de Mohegan

Au sud de l'île, la route grimpe doucement vers le rebord des falaises de Mohegan, des parois d'argile qui tombent d'une cinquantaine de mètres dans l'océan. Un escalier de bois d'environ 140 marches descend vers une plage sauvage coincée entre les parois et les vagues : le coup d'œil, du haut comme du bas, compte parmi les plus saisissants de la Nouvelle-Angleterre. Prévoyez un peu de souffle pour la remontée, et un moment pour simplement écouter le ressac. Par temps clair, le regard porte jusqu'à Montauk, à la pointe de Long Island.

Un phare déménagé

Tout près de là se dresse le phare du Sud-Est, une construction victorienne de brique rouge élevée en 1875. Son histoire récente tient de la prouesse : menacé par l'érosion qui grignotait la falaise, l'édifice entier a été déplacé de 75 mètres vers l'intérieur des terres en 1993, structure et lanterne comprises. On visite le petit musée installé à sa base et, en saison, on grimpe jusqu'à la galerie pour embrasser la côte sud de l'île. À l'autre extrémité, le phare du Nord garde une pointe de sable fréquentée par les phoques et les sternes.

Plages et nature préservée

La grande plage de l'île, Crescent Beach, déroule son sable clair sur plusieurs kilomètres juste au nord d'Old Harbor, à distance de marche du débarcadère. L'eau y reste vive, mais les baigneurs de juillet et d'août la trouvent tout à fait fréquentable. Près de la moitié du territoire insulaire bénéficie d'un statut de conservation : sentiers à travers landes et pâturages, étangs salés et murets de pierre composent un paysage qui évoque autant l'Irlande que la côte américaine. Des kilomètres de chemins de randonnée balisés sillonnent ces espaces protégés, et il suffit de s'éloigner de quelques centaines de mètres des routes pour n'entendre plus que le vent et les fauvettes.

Conseils pratiques

  • Réserver son vélo dès le débarquement : les meilleurs jours, la flotte part vite.
  • Compter environ une heure de pédalage tranquille entre Old Harbor et les falaises de Mohegan, avec quelques côtes honnêtes.
  • Garder une marge confortable pour la dernière navette : le vent et la houle bousculent parfois l'horaire.

L'île que l'on quitte à regret

En reprenant la navette, beaucoup se promettent déjà d'y revenir pour une fin de semaine entière. Block Island offre exactement ce que l'on attend d'une île de la côte est : des phares, des falaises, des vélos, une lenteur assumée. Le tout sans mise en scène, avec cette élégance un peu passée des lieux qui n'ont jamais eu besoin de se réinventer pour plaire.