Il existe deux Bari, et l'on passe de l'une à l'autre en franchissant une simple rangée d'arches. D'un côté, la cité moderne trace ses avenues au cordeau. De l'autre, Bari Vecchia enroule ses ruelles comme une pelote, si serrées que le linge suspendu touche presque les murs d'en face. C'est dans ce labyrinthe que bat le cœur de la capitale des Pouilles, et c'est lui qui attend le voyageur au bout du quai.

Du terminal à la vieille ville

Les navires accostent au port moderne, à environ deux kilomètres du centre historique. La plupart des compagnies proposent une navette, mais la marche reste une belle option : vingt à vingt-cinq minutes le long du front de mer, avec l'Adriatique d'un côté et la silhouette des remparts qui grossit lentement de l'autre. On entre dans le vieux quartier sans transition, happé par l'ombre fraîche des passages voûtés.

La basilique du plus célèbre des saints

Toutes les ruelles finissent par mener à la basilique San Nicola, chef-d'œuvre du roman apulien aux façades de pierre claire. Elle abrite depuis le XIe siècle les reliques de saint Nicolas de Myre, celui-là même qui inspira le personnage du père Noël. Pèlerins catholiques et orthodoxes s'y croisent dans un recueillement partagé, fait rare en Europe. La crypte, soutenue par ses colonnes anciennes, garde une pénombre qui impose le silence. À quelques minutes de là, la cathédrale San Sabino décline le même art roman dans une version plus sobre, souvent plus tranquille aussi.

La rue des orecchiette

Le souvenir le plus vif de Bari ne vient pourtant ni d'un monument ni d'un musée. Dans la via dell'Arco Basso, des femmes installées devant leur porte façonnent à la main les orecchiette, ces petites pâtes en forme d'oreille emblèmes des Pouilles. Un couteau à lame ronde, une planche de bois, de la semoule de blé dur et des gestes répétés depuis l'enfance : la scène se déroule chaque matin sous les yeux des passants. Les pâtes sèchent sur des claies devant les maisons, et l'on peut en rapporter un sachet en guise de trésor de voyage.

Le château et les places

À l'entrée du quartier ancien, le Castello Svevo monte la garde depuis l'époque normande. Ses bastions massifs, agrandis au fil des siècles, accueillent aujourd'hui des expositions et un parcours consacré au passé médiéval de la cité. En redescendant vers la mer, la piazza del Ferrarese et la piazza Mercantile alignent terrasses et façades patinées : l'endroit rêvé pour un café serré, debout au comptoir, comme le prennent les Barésiens.

Le front de mer

Avant de regagner le bord, il faut s'accorder un moment sur le lungomare, l'une des plus longues promenades maritimes d'Italie. Les lampadaires des années 1930 rythment la balustrade blanche, les pêcheurs vendent parfois leur prise du matin près du vieux môle, et la lumière de l'Adriatique donne aux bâtiments officiels des reflets dorés. Le regard porte loin, jusqu'aux navires qui attendent au large.

Repères pratiques

  • Distance du terminal au centre historique : environ 2 km, soit 20 à 25 minutes à pied ou quelques minutes en navette.
  • Basilique San Nicola, cathédrale, château et rue des orecchiette se parcourent aisément à pied en une demi-journée.
  • Prévoir des pièces de monnaie pour goûter focaccia barese et panzerotti dans les boulangeries du vieux quartier.

En reprenant la passerelle

On quitte Bari avec de la semoule sur les doigts et des images plein la tête : une crypte millénaire, des arches blanchies à la chaux, une planche de bois où naissent les orecchiette. La cité vit sa vie sans se mettre en scène, et c'est précisément ce naturel qui reste, longtemps après, collé au souvenir comme la semoule aux doigts.