On connaît Ayia Napa pour ses discothèques. On oublie qu'avant les bars, il y avait un monastère, un port de pêche et des falaises dorées plongeant dans une mer d'une clarté rare. C'est cette Ayia Napa-là que rencontre le croisiériste. Les navires mouillent au large de la côte sud-est de Chypre et déposent leurs passagers en navette, à quelques pas du centre; les yachts et petites unités s'amarrent à la marina moderne. En quelques minutes de marche, vous voilà au cœur d'une station balnéaire qui, le jour, révèle un visage étonnamment paisible.

Le monastère au milieu des cafés

En remontant vers la place centrale, un mur de pierre ocre tranche avec les terrasses qui l'entourent. Le monastère d'Ayia Napa, élevé vers 1500 à l'époque vénitienne, s'organise autour d'un cloître ombragé et d'une fontaine octogonale. Une partie de l'église se niche dans la roche même, et devant l'entrée, un sycomore vieux de plusieurs siècles étend son ombre sur le parvis. Le contraste saisit : à dix mètres des enseignes lumineuses, on pénètre dans un silence de pierre vieux de cinq siècles. C'est le monument le plus attachant de la station, et il ne demande qu'une demi-heure.

Le vieux port et la mer

En contrebas, l'anse du port de pêche abrite barques colorées et bateaux d'excursion derrière son môle. Les tavernes qui l'entourent servent le poisson du matin et le halloumi grillé, ce fromage chypriote qui résiste au barbecue. De là, la promenade côtière file vers l'ouest jusqu'à Nissi Beach, à environ 3 kilomètres : un croissant de sable pâle face à un îlot que l'on rejoint à pied dans l'eau peu profonde. L'endroit attire du monde, mais la couleur de l'eau explique pourquoi. Ceux qui préfèrent le calme poursuivent un peu plus loin vers Makronissos, où des tombes antiques creusées dans la roche voisinent avec des anses plus tranquilles.

Sous la surface : le musée englouti

Ayia Napa réserve une surprise aux nageurs : le MUSAN, un musée sous-marin dont les sculptures ont été immergées à quelques centaines de mètres de la plage de Pernera. Une forêt de silhouettes et d'arbres de béton s'y peuple lentement de coraux et de poissons. On l'explore avec masque et tuba, en plongée, ou depuis un bateau à fond de verre pour ceux qui préfèrent rester au sec. Peu d'escales méditerranéennes proposent pareille visite.

Cap Greco, le grand paysage

À l'est de la station, le parc national du cap Greco mérite le court trajet en taxi ou en excursion. Les falaises calcaires y dominent une mer indigo, entaillées de grottes marines que les bateaux longent au ras de l'eau. Des sentiers suivent la côte entre genévriers et buissons d'immortelles; le point de vue depuis le promontoire embrasse tout le littoral jusqu'à Protaras, et une arche naturelle taillée par les vagues attire photographes et curieux. Par temps clair, la lumière y est d'une intensité qui rappelle pourquoi les Grecs anciens ont semé leurs temples au bord de cette mer.

Le mot de la fin

L'escale se compose comme un menu : un peu d'histoire au monastère, une baignade à Nissi ou au-dessus des statues du MUSAN, un poisson grillé au vieux port, une échappée vers le cap Greco. Tout se joue dans un rayon de quelques kilomètres, sans logistique compliquée. Et lorsque la navette vous ramène vers le navire, la station retrouve ses néons pendant que vous emportez, vous, le souvenir d'une mer dont la transparence n'a pas d'équivalent à l'ouest de la Méditerranée.