La passerelle touche presque la muraille. Les bateaux du Rhône s'amarrent aux allées de l'Oulle, face aux remparts du XIVe siècle qui ceinturent encore Avignon sur plus de quatre kilomètres, sans une brèche. Il suffit de franchir une porte pour que la rumeur du fleuve laisse place aux ruelles, aux platanes et aux cloches : on entre dans une capitale, même si elle ne l'est plus depuis six cents ans.
Quand les papes habitaient ici
De 1309 à 1377, la papauté quitta Rome pour s'installer sur ce rocher au bord du Rhône ; le Grand Schisme y maintint ensuite des pontifes rivaux jusqu'au début du XVe siècle. Il en reste le plus vaste palais gothique d'Europe : quinze mille mètres carrés de salles d'apparat, de chapelles peintes et d'escaliers dérobés. Les fresques de la chambre du Cerf, délicates scènes de chasse et de pêche, rappellent que ces souverains pontifes vivaient aussi en princes. Une tablette numérique remise à l'entrée reconstitue les décors disparus, salle après salle.
Quatre arches dans le courant
En contrebas, quatre arches s'avancent dans le Rhône et s'arrêtent net au milieu du courant. Le pont Saint-Bénézet en comptait vingt-deux au XIIe siècle ; les crues l'ont grignoté jusqu'à ce qu'on renonce à le reconstruire. La comptine lui a offert une seconde vie planétaire, et l'on vient aujourd'hui marcher sur ses pavés pour regarder passer l'eau, la chapelle Saint-Nicolas en équilibre sur une pile. Depuis le jardin du rocher des Doms, juste au-dessus, la vue embrasse le fleuve, le mont Ventoux et la tour de Villeneuve sur l'autre rive.
Places, teinturiers et halles gourmandes
La place de l'Horloge aligne l'opéra, l'hôtel de ville et un manège ancien sous les platanes ; les terrasses s'y disputent l'ombre dès la fin de matinée. Plus secrète, la rue des Teinturiers longe un canal où tournent encore des roues à aubes moussues, vestiges des fabricants d'indiennes qui firent la prospérité locale. Aux Halles, derrière un mur végétal de trente mètres, les étals empilent tapenades, fromages de chèvre, fraises de Carpentras et truffes en saison : l'endroit rêvé pour composer un pique-nique avant de remonter à bord.
Le festival et les à-côtés
Chaque mois de juillet depuis 1947, le festival fondé par Jean Vilar transforme la cité entière en scène : la cour d'honneur du palais accueille les grandes créations pendant que des centaines de spectacles investissent cours, cloîtres et garages. Hors saison théâtrale, le musée du Petit Palais expose ses primitifs italiens, Botticelli en tête, dans une ancienne résidence cardinalice. Et si le temps le permet, une navette fluviale gratuite traverse vers l'île de la Barthelasse pour la plus belle photographie de la journée : la cité tout entière, remparts, clochers et arches, posée sur son fleuve.
Mémo du voyageur
| Élément | Détail |
|---|---|
| Amarrage | Allées de l'Oulle, face aux remparts |
| Palais des Papes | 15 minutes à pied ; prévoir 1 h 30 à 2 h |
| Saint-Bénézet | Billet combiné possible |
| Navette vers la Barthelasse | Gratuite, selon saison et horaires |
| Monnaie et langue | Euro ; français |
Sur le pont, encore
Au moment du départ, la résidence pontificale garde longtemps sa silhouette au-dessus des toits, massive et dorée dans le soir. On fredonne malgré soi la chanson apprise à cinq ans, et l'on mesure l'étrangeté de la chose : un pont cassé et une comptine ont suffi à rendre cette cité familière au monde entier, bien avant qu'on ait posé le pied sur son quai.


