Une lumière a fait venir ici un peintre du Nord, et cette lumière n'a pas changé. Les bateaux fluviaux s'amarrent sur la rive gauche du Rhône, le long des quais où Vincent van Gogh planta son chevalet un soir de septembre 1888 pour peindre La Nuit étoilée sur le Rhône. Le centre ancien commence à cinq minutes de la passerelle ; deux mille ans d'histoire tiennent ensuite dans un mouchoir de poche.

L'amphithéâtre et le théâtre antique

Arles fut une capitale romaine, et elle n'en a rien caché. L'amphithéâtre, élevé à la fin du Ier siècle pour accueillir plus de vingt mille spectateurs, domine toujours les toits de ses deux étages d'arcades ; il vibre encore lors des courses camarguaises, où les raseteurs défient les taureaux sans jamais les mettre à mort. À deux rues de là, le théâtre antique a perdu sa façade mais conservé ses gradins, ses deux colonnes dressées et sa vocation : des spectacles s'y donnent chaque été. L'ensemble des monuments romains est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Saint-Trophime et les places

Sur la place de la République, le portail sculpté de l'église Saint-Trophime déroule un Jugement dernier d'une précision d'orfèvre ; son cloître, aux chapiteaux historiés, compte parmi les plus beaux de l'art roman provençal. Un peu plus haut, la place du Forum concentre les terrasses sous les platanes, y compris ce café jaune que la peinture a rendu célèbre. Les ruelles alentour mélangent hôtels particuliers, galeries et boutiques d'indiennes, ces cotonnades provençales aux motifs éclatants.

Sur les traces de Van Gogh

En quinze mois arlésiens, le peintre a produit environ trois cents œuvres. L'Espace Van Gogh, ancien hôtel-Dieu où il fut soigné, a retrouvé son jardin aux parterres exacts du tableau ; un circuit balisé relie les lieux qu'il a peints, reproductions à l'appui. Aux Alyscamps, allée funéraire romaine bordée de sarcophages et de peupliers, il posa son chevalet aux côtés de Gauguin. La Fondation qui porte son nom, installée dans un hôtel particulier modernisé, expose des artistes contemporains en dialogue avec son héritage. Aucune toile originale ne demeure ici, et cela n'enlève rien : c'est le décor lui-même qui constitue la collection.

La ville qui continue d'inventer

Au sud du centre, la tour de la Fondation Luma, dessinée par Frank Gehry et couverte de onze mille panneaux d'acier, a donné au ciel arlésien un nouveau repère scintillant ; ses expositions d'art contemporain occupent d'anciens ateliers ferroviaires. Les Rencontres de la photographie, chaque été depuis 1970, transforment chapelles et entrepôts en salles d'exposition. Le samedi matin, le marché du boulevard des Lices reste fidèle à lui-même : saucisson de taureau, fromages, olives et tissus, sur près d'un kilomètre d'étals.

L'escale en un coup d'œil

ÉlémentDétail
AmarrageQuais du Rhône, rive gauche
Centre ancien5 minutes à pied
Amphithéâtre10 minutes à pied du quai
MarchéSamedi matin, boulevard des Lices
Monnaie et langueEuro ; français

Ce que le fleuve emporte

Le soir, depuis le pont du bateau, les lampadaires de la rive dessinent sur l'eau les mêmes reflets qu'en 1888. Arles a traversé les empires, les crues et les modes sans jamais cesser d'être un atelier à ciel ouvert. On en repart avec une certitude discrète : certains lieux ne se contentent pas d'avoir une histoire, ils continuent de la peindre.