Peu de villes du Rhin peuvent se vanter d'une aussi longue mémoire. Fondée par les Romains en l'an 12 avant notre ère sous le nom d'Antunnacum, Andernach veille sur la rive gauche du fleuve depuis plus de deux mille ans, à une vingtaine de kilomètres en aval de Coblence. Les navires fluviaux accostent directement au cœur de la ville, si bien que les remparts médiévaux se dressent à quelques pas de la passerelle. L'escale commence sans transition, entre promenade rhénane et portes fortifiées.

Un centre ancien ceinturé de remparts

Le premier repère s'impose de lui-même : la tour ronde, achevée vers 1450, monte à 56 mètres au-dessus des toits, avec des murs qui atteignent par endroits cinq mètres d'épaisseur. Elle compte parmi les plus hautes tours de défense du Rhin et marque l'angle nord-ouest de l'enceinte. De là, la muraille se suit à pied sur une bonne partie de son tracé, ponctuée de tours restaurées et de deux portes anciennes. En chemin, la cathédrale Sainte-Marie, surnommée Mariendom, aligne ses clochers romans au-dessus des ruelles ; c'est le plus ancien édifice d'Andernach. Un peu plus loin, les vestiges du château des archevêques de Cologne rappellent que la cité fut longtemps une place convoitée, aux frontières de leur territoire.

La grue du XVIe siècle et le front de fleuve

En redescendant vers la rive, on tombe sur un curieux bâtiment rond coiffé d'un toit pointu : l'Alte Krahnen, une grue portuaire du XVIe siècle actionnée autrefois par des roues que des hommes faisaient tourner en marchant à l'intérieur. Elle a chargé et déchargé des marchandises pendant près de quatre siècles. La promenade aménagée qui la borde suit la rive sur toute la façade urbaine : bancs, platanes, va-et-vient des convois de barges. Les habitants s'y retrouvent en fin de journée, et le passager en escale y trouve le meilleur endroit pour prendre la mesure du trafic fluvial, incessant depuis l'époque romaine.

Le geyser le plus haut du monde en eau froide

La grande surprise, pourtant, ne se trouve ni dans la pierre ni dans les musées. À quelques kilomètres en aval, sur une presqu'île cernée par le courant, jaillit le Geysir Andernach : un geyser d'eau froide, le plus haut du monde dans sa catégorie, dont la colonne peut atteindre 60 mètres. Le phénomène repose sur le gaz carbonique d'origine volcanique qui sature la nappe souterraine. La visite s'organise depuis le centre d'accueil en ville, puis un bateau conduit les visiteurs jusqu'au site de l'éruption. Prévoir environ deux heures et demie pour l'ensemble ; l'activité se réserve tôt dans l'escale, car les départs sont cadencés.

Repères pratiques

AttraitAccès depuis le quai
Centre ancien et rempartsÀ pied, 5 minutes
Tour rondeÀ pied, 10 minutes
Centre d'accueil du geyserÀ pied, quelques minutes le long de la berge
Site du geyserEn bateau depuis le point d'accueil
Belvédère du KrahnenbergSentier en montée au-dessus de la ville

Ceux qui disposent d'un peu plus de temps peuvent gravir le Krahnenberg, la colline qui domine la rive : le panorama couvre les toits, la boucle rhénane et, par temps clair, les hauteurs volcaniques de l'Eifel voisin.

Le retour vers le navire

L'itinéraire de retour repasse presque toujours par la promenade, et c'est tant mieux. La lumière de fin d'après-midi éclaire alors la muraille et la vieille grue, tandis que les barges continuent de glisser vers Rotterdam ou Bâle. Andernach condense en quelques heures ce que le Rhin romantique offre de plus durable : des pierres qui racontent vingt siècles, un fleuve qui travaille sans relâche et, cachée derrière une presqu'île, une colonne d'eau qui rappelle que la terre, ici, respire encore. On remonte à bord avec le sentiment d'avoir traversé les époques en une seule promenade.