Une église blanche aux allures de voile gonflée par le vent se dresse au bord de l'eau, adossée aux premières collines de la Slavonie. C'est elle que l'on aperçoit d'abord lorsque le bateau ralentit devant Aljmaš, village de pêcheurs posé sur la rive droite du Danube, à environ 25 kilomètres à l'est d'Osijek. Ici, aucun terminal, aucune file d'autocars : une passerelle, des maisons basses, quelques barques amarrées, et le sentiment immédiat d'aborder une Croatie que bien peu de voyageurs connaissent. Les compagnies fluviales qui naviguent entre Budapest et Belgrade ont ajouté cette halte confidentielle à leurs itinéraires précisément pour cela : offrir, entre deux capitales, une heure de vérité rurale au bord du fleuve.
Un sanctuaire tourné vers le Danube
Aljmaš accueille des pèlerins depuis 1704, lorsque des jésuites chassés de la Baranja voisine y trouvèrent refuge avec une statue de la Vierge. Trois siècles plus tard, le village demeure le principal lieu de pèlerinage de l'est croate : plus de 100 000 personnes s'y rendent chaque année, et des milliers convergent le 15 août pour la grande messe en plein air de l'Assomption. L'église actuelle surprend par sa modernité. Détruit pendant la guerre des années 1990, le sanctuaire a été reconstruit en 2006 sous la forme d'une arche élancée, comme un navire échoué face au fleuve. À l'intérieur, la statue de Notre-Dame d'Aljmaš porte une petite couronne d'or offerte par Jean-Paul II lors de sa visite en Croatie en 2003.
Le calvaire et la colline
À l'entrée du village, un chemin de calvaire gravit doucement la pente entre les arbres. La montée demande une vingtaine de minutes et récompense l'effort : de là-haut, le regard embrasse le ruban du Danube, les forêts de la rive serbe en face et, un peu en amont, la zone où la Drava vient mêler ses eaux au grand fleuve. Les habitants y trouvent encore régulièrement des vestiges romains, rappel discret que ce coude de rivière est habité depuis l'Antiquité.
La vie au bord de l'eau
Redescendu vers les quais, on prend le temps de flâner. Les rues se parcourent en une demi-heure : potagers soignés, façades simples, filets qui sèchent près des barques. Des nichoirs à cigognes coiffent certains poteaux, et il n'est pas rare de voir l'un de ces grands oiseaux traverser lentement le ciel du hameau, indifférent aux passagers qui le photographient. Les pêcheurs du coin alimentent les tables locales en carpe et en sandre, servis en fiš-paprikaš, ce ragoût de poisson relevé au paprika qui embaume toute la Slavonie. Les collines voisines d'Erdut, couvertes de vignes, produisent des blancs que l'on verse ici sans cérémonie, dans des verres épais, face au courant.
Repères pour l'escale
| Lieu | Distance du débarcadère | Temps à prévoir |
|---|---|---|
| Sanctuaire Notre-Dame | 300 mètres | 30 à 45 minutes |
| Chemin de calvaire et point de vue | 1 kilomètre | 45 minutes aller-retour |
| Promenade dans le village | sur place | 30 minutes |
Tout se fait à pied, sans dénivelé notable hormis le calvaire ; prévoyez simplement de bonnes chaussures pour le sentier, surtout après la pluie. Certaines excursions combinent par ailleurs cette halte avec Osijek ou avec Erdut, bourgade voisine dont la tour médiévale ronde surveille le fleuve depuis des siècles au milieu des vignes ; le trajet en autocar ne dépasse pas un quart d'heure.
Ce qui reste après l'escale
Aljmaš ne cherche pas à impressionner. L'endroit offre autre chose : une heure ou deux de calme véritable, le clapotis contre la coque, une église audacieuse née d'une blessure de guerre, et des gens qui saluent le passant sans rien attendre de lui. En remontant à bord, beaucoup de passagers se surprennent à regarder longtemps la petite arche blanche rapetisser sur la rive. Les grands fleuves réservent parfois leurs plus justes moments aux plus modestes de leurs escales.


