Il existe à Agios Nikolaos une légende que les serveurs des terrasses racontent volontiers : le petit lac au centre de la localité serait sans fond, et Athéna elle-même viendrait s'y baigner. La science a tranché depuis, soixante-quatre mètres de profondeur, mais le lac Voulismeni n'a rien perdu de son pouvoir d'attraction. C'est autour de ce cercle d'eau sombre, cerné de falaises et de cafés, que bat le pouls de cette station du golfe de Mirabello, sur la côte est de la Crète.
Du quai au lac en cinq minutes
Les navires de taille moyenne accostent en plein centre, tandis que les plus grands mouillent dans la baie et débarquent leurs passagers en annexe. Dans les deux cas, tout se joue à pied : cinq minutes suffisent pour rejoindre le lac et le lacis de rues qui l'entoure. Cette proximité fait d'Agios Nikolaos l'une des escales les plus reposantes de la Méditerranée orientale ; aucun transport à organiser, aucune file d'attente, la journée s'ouvre dès la passerelle.
Flâner entre le lac et la mer
Un canal étroit, enjambé par une passerelle, relie le Voulismeni au bassin des pêcheurs. De part et d'autre, les terrasses s'étagent contre la falaise, les barques colorées se serrent le long des pontons et les boutiques d'artisanat alternent avec les glaciers. Le matin, les pêcheurs démêlent leurs filets jaunes pendant que les chats du quartier surveillent les caisses ; l'odeur du café grec se mêle à celle des gâteaux au miel qui sortent des fournils. En grimpant les escaliers au-dessus du lac, on gagne un belvédère d'où le regard embrasse d'un coup les toits, le golfe et les montagnes du Lassithi, souvent poudrées de neige jusqu'au printemps.
Le musée qui raconte la Crète minoenne
À quelques rues du centre, le Musée archéologique expose les trouvailles de toute la région du Lassithi, considérées parmi les plus riches de l'île après celles d'Héraklion. Vases, figurines et bijoux y retracent quatre millénaires d'occupation, de l'âge du bronze aux Romains, dans une scénographie moderne qui se parcourt en moins d'une heure. La pièce maîtresse, une déesse de terre cuite au visage énigmatique, vaut à elle seule la visite pour qui s'intéresse à la civilisation minoenne.
Kitroplatia, la baignade des habitants
Nul besoin d'excursion pour tremper ses orteils dans la mer de Crète : la crique de Kitroplatia, ourlée de tamaris, se trouve à quelques minutes de marche du débarcadère. Les familles du coin y étendent leurs serviettes entre deux tavernes, et l'eau y descend en pente douce. Un peu plus loin, la plage d'Ammos offre davantage d'espace et des services complets pour qui souhaite consacrer l'après-midi au farniente. Entre deux baignades, une assiette de calmars frits ou une salade dakos au fromage frais se déguste les pieds dans le sable, pendant que les planches à voile tracent leurs lignes blanches sur le golfe.
Spinalonga, l'île aux mille histoires
Depuis les quais, des vedettes proposent la traversée vers Spinalonga, l'îlot fortifié qui verrouillait autrefois l'entrée du golfe. Bastions vénitiens du seizième siècle, village ottoman, puis léproserie jusqu'en 1957 : ce rocher concentre des destins bouleversants, popularisés par le roman L'Île de Victoria Hislop. L'excursion demande une demi-journée, mais elle laisse une empreinte durable, entre remparts battus par les vagues et ruelles figées un matin de 1957.
Avant de remonter à bord
Un dernier verre de raki offert par le patron, le cri des mouettes au-dessus des barques, la lumière qui décline sur le Mirabello : Agios Nikolaos se quitte doucement, sans effort, comme on referme un livre qu'on sait vouloir rouvrir. La Crète des grands sites se trouve ailleurs ; celle de la douceur de vivre est ici.


